
Le conseil national a enregistré hier plus de vingt textes.
DAVID REVAULT D’ALLONNES
QUOTIDIEN : jeudi 3 juillet 2008
Ils ont abattu leurs cartes. En l’occurrence, pas moins de 21 contributions, officiellement enregistrées hier par le conseil national du PS. «Leurs premières cartes», précise un
dirigeant PS, rappelant que le jeu ne fait que commencer. Une entame de match entre bluff façon poker, «haka» préparatoire à la mêlée de septembre et exploration des alliances possibles, dans un
contexte de balkanisation extrême. Revue d’effectifs.
Ségolène Royal. En déplacement à Québec, l’ex-candidate n’était pas là hier. C’est la jeune Najat Belkacem qui s’est chargée de présenter sa contribution, s’attirant un accueil plutôt frais
lorsqu’elle a lu un message de sa chef de file, et appelé à «une vraie cohésion, une vraie amitié entre nous». Commentaire après-coup de la conseillère régionale : «C’est
sympathique, non ? Au moins, ils ne sont pas indifférents…» Pour le reste, son équipe veut croire que son meeting de samedi a réveillé les ardeurs des ségolénistes. «Elle a repris la
main», assure David Assouline. Outre le soutien revendiqué de 23 premiers secrétaires fédéraux et d’une trentaine de parlementaires, ses amis avancent l’hypothèse d’une vague militante.
«A la base, ça signe, assure un proche. 6 000 signatures en quatre jours, contre 900 en cinq semaines pour Delanoë !» Suite des opérations : «Il faut faire revenir
chez nous ceux qui auraient dû y rester, et d’abord Collomb et Guérini.»
Bertrand Delanoë. Il est sorti premier du tirage au sort, y gagnant l’occasion de prendre la parole d’emblée, hier, juste après le premier secrétaire. Prémonitoire ? Le maire de Paris
assure y croire : «On est 11 000 à avoir élaboré cette contribution et à présenter quelque chose qui corresponde à notre conviction profonde», explique-t-il en arrivant. «La force va
à la force», explique Francis Chouat, un de ses proches. Son équipe est en tout cas la plus au point côté statistiques, qui dégaine «sept premiers fédéraux, 25 députés sur une
cinquantaine de parlementaires, 8 patrons de département, 80 maires, dont 38 de plus de 20 000 et 10 de plus de 10 000…» Côté parts de marché à conquérir, là encore, c’est le
grand angle. Francis Chouat, encore : «Il faut qu’on vérifie avec plein de gens de quelle manière on peut s’associer. Aubry, évidemment, les amis de Hollande… Il y a encore énormément de
travail de convergence à faire.»
François Hollande. Il a hésité à signer seul sa contribution. Elle sera finalement paraphée par ses proches, Stéphane Le Foll, Julien Dray, André Vallini, Bruno Le Roux, Jean-Pierre Bel et
Faouzi Lamdaoui, par des élus du Nord ne votant par pour Martine Aubry, comme Michel Delebarre et Bernard Roman, et par une quinzaine de premiers fédéraux. Mais pas par Jean-Marc Ayrault, comme
espéré, qui signe sa propre contribution régionale. Sur le fond, la stratégie ne varie pas : «La démarche va être de rassembler les socialistes qui pensent la même chose, a rappelé hier
François Hollande. Et pourquoi pas autour du futur-ex-premier secrétaire ? L’intéressé, en tout cas, ne voit pas d’un mauvais œil la multiplication des contributions : «C’est normal que de
multiples fleurs s’épanouissent. Il faut qu’il y en ait un qui rassemble le bouquet», a-t-il poétisé. Commentaire d’un proche de DSK : «Hollande est très ennuyé : il n’a pas de
candidat.» Un «hollandais» dément : «Il réfléchit à 4 ou 5 noms. Mais annoncer un nom, c’est la meilleure façon de le carboniser.» Côté extension du domaine de François
Hollande, André Vallini résume : «Avec Delanoë ou Moscovici, il y a beaucoup de convergences. Avec Royal, des choses sont compatibles. Avec Guérini aussi, et pourquoi pas Aubry.» Tout le
monde, donc, ou presque. Sauf Fabius.
Martine Aubry. Elle a appelé à une «gauche collective et joyeuse, créative, et solidaire». A en juger par l’ambiance du raout d’hier soir, c’est un programme à très long terme.
Mais les proches de la maire de Lille y croient. Le député François Lamy : «Il y a une demande d’une troisième voie entre les deux présidentiables.» Car le moteur de la machine
de la maire de Lille, qui pourrait bénéficier d’une conjonction de soutiens, en l’occurrence ceux des puissants barons du Nord et du Pas-de-Calais, et ceux des «reconstructeurs», reste fragile,
comme le rappelle perfidement un ami de Delanoë : «Est-ce que Pierre Mauroy, Laurent Fabius ou Daniel Percheron veulent tous les mêmes choses pour Martine Aubry ?» Et d’enfoncer le clou
sur l’incohérence présumée de sa relation avec Fabius : «Aubry va être confronté à un problème sur l’Europe et du respect des décisions prises par le parti…»
Laurent Fabius. L’Europe ? «C’est plus un sujet problématique», assure un proche de Laurent Fabius, retenu hier soir à Rouen. L’ancien Premier ministre, dont les amis participent
activement à l’attelage des «reconstructeurs», a également un fer au feu sur l’aile gauche, du côté de Benoît Hamon et Henri Emmanuelli. Le député Philippe Martin en convient : «C’est toute
la difficulté. C’est un exercice compliqué de rassembler à la fois Moscovici et Hamon.» Mais faire asseoir à la même table un apôtre du réformisme et un chantre de l’aile gauche ne rebute
pas les fabiusiens.
Pierre Moscovici. Le député du Doubs, soutenu par Arnaud Montebourg, est heureux d’aligner «35 parlementaires, 30 membres du conseil national, une centaine de maires, des
présidents de région et de départements». Côté divisions alignées, «nous serons dans le premier tiers», renchérit Laurent Baumel, un proche de DSK.
Benoît Hamon. Le chef de file du NPS, à la gauche du parti, l’a joué cinématographique, hier à la tribune : «Si notre congrès était un film, la bande annonce ne déçoit pas : casting
alléchant, vieux briscards, étoiles montantes ou confirmées, intrigues complexes, mise en scène par un réalisateur expert… Et pour faire un bon suspens, on ne connaît pas le vainqueur à la fin
!» Un scénario des plus éclatés, donc, qui permet à Benoît Hamon et Henri Emmanuelli d’espérer «participer et construire une majorité nouvelle».
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