"Il existe vraiment une dissociation entre le parti et son électorat", juge Dominique Reynié (en médaillon). Hollande, Aubry et Delanoë sont "en difficulté".
Que reste-t-il de La Rochelle ? L'université d'été du Parti socialiste, qui s'est déroulée le week-end dernier et marque, depuis quinze ans, la rentrée politique en France, a une fois
de plus été le théâtre de dissensions entre les leaders du parti. À l'heure d'une rentrée qui s'annonce difficile pour beaucoup de Français en mal de pouvoir d'achat, le parti à la rose,
absorbé dans des querelles intestines, n'a-t-il pas raté une occasion de travailler sur le fond pour répondre aux attentes des Français? L'analyse du politologue Dominique Reynié, professeur
à l'Institut d'études politiques de Paris.
La Provence : Quel bilan tirez-vous de la rentrée politique du PS ?
Dominique Reynié : Il existe vraiment une dissociation entre le parti et son électorat. Cela s'est vu d'une façon spectaculaire ce week-end à La Rochelle. Le déjeuner qui a
eu lieu entre Martine Aubry, Laurent Fabius, d'autres anciens et des jeunes leaders qui ont des comportements d'anciens, ressemblait à une caricature: le parti est au restaurant tandis que
les militants sont dans la salle à attendre...
L.P. : Les tractations et alliances existent dans tous les partis, n'est-ce pas finalement le prix du débat démocratique à payer ?
D.R. : La question des divergences et des querelles ne pose pas de problème. Dans tous les partis, en effet, il y a des ambitions internes et des leaders en concurrence. Mais
lorsqu'il y a alliance contrenature, lorsque l'on abandonne des positions de principe fortes, comme le "non" de Fabius au traité constitutionnel européen, pour une union purement tactique,
alors il y a une prise de risque.
L.P. : Ce déjeuner Aubry-Fabius restera, pour vous, une image forte ?
D.R. : Cet instantané restera gravé. Ce pacte entre courants de pensée si différents est inintelligible pour les militants, frustrant pour les sympathisants et archaïque aux
yeux des Français.
L.P. : Ce parti arrivera-t-il à achever sa reconstruction idéologique ?
D.R. : Il n'y avait aucune raison pour faire de La Rochelle un grand moment de la reconstruction. Ce parti est en difficulté et il n'a pas trouvé les moyens de sauver les apparences
! Il y a un laisser-aller très net depuis la fracture de 2005 sur l'Europe. À un moment où le désarroi grandit notamment au sein de l'électorat de gauche, le PS aurait dû être à la manoeuvre
pour s'opposer à la politique gouvernementale. Il n'y avait pas pire moment pour afficher sa désunion même si certains espéraient, peut-être, que la médiatisation de Martine Aubry, la dame
des 35 heures, une personnalité ancrée à gauche, pouvait tenir lieu de message vis-à-vis de l'opinion...
L.P. : Comment voyez-vous l'avenir du PS ?
D.R. : Le risque pris est considérable. Ce n'est pas ainsi que ce parti s'imposera au coeur de la vie politique et répondra aux attentes des déçus du sarkozysme. La patience
de ses électeurs risque de s'épuiser. À ce moment-là, il ne s'agira plus de déception mais de rupture.
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