Vendredi 3 octobre 2008
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Ils lèvent les yeux au ciel, haussent les épaules et assurent qu'il ne s'agit que d'un " épiphénomène qui n'a rien de politique ". Pourtant, les adversaires de Ségolène Royal au sein
du Parti socialiste n'ont pas fini de parler de ce fameux " show " du 27 septembre, au Zénith de Paris. De sa façon d'occuper la scène, en jeans et tunique indienne, de prendre la parole entre la
prestation des rockers du groupe Trust et celle du chanteur Benjamin Biolay ou encore de conclure son intervention en faisant scander crescendo le mot " fraternité " à
l'assistance...
Quelques jours auparavant, l'élite socialiste était réunie à la Mutualité, pour un conseil national consacré à la présentation des six
motions en lice pour le congrès de Reims. Une succession de prises de parole, sans débat et dans une ambiance d'indifférence réciproque, prononcées depuis une longue tribune garnie de dirigeants
plongés dans leur courrier ou absorbés par la lecture des messages reçus sur leur téléphone portable. Prévue pour durer cinq heures, la réunion n'en a duré que trois, au grand soulagement de
chacun. Trois semaines plus tôt, le spectacle de l'université d'été de La Rochelle, avec ses complots ourdis à la terrasse des restaurants, n'était guère plus réjouissant.
Qu'on la juge déplacée voire inquiétante ou, au contraire, qu'on lui reconnaisse des vertus revigorantes, la " performance " de Mme
Royal au Zénith aura eu pour effet d'accentuer le malaise des socialistes concernant la façon dont ils mettent en scène leur rapport à la politique. " Un sacré coup de vieux à tous ses autres
collègues incapables de sortir d'une langue de bois insupportable ", s'est exclamé le sociologue Dominique Wolton dans un entretien à l'AFP. " Cette recherche de formes nouvelles répond à une
analyse pertinente de la société : on n'intéresse plus les gens en faisant des réunions d'hommes en costume cravate parlant de sujets graves avec des références difficiles à saisir ", a souligné
le politologue Dominique Reynié, interrogé dans La Croix.
Pour Marie d'Ouince, qui dirige une agence spécialisée dans la communication politique, " les socialistes se lamentent du spectacle
qu'ils donnent, mais, jusqu'à présent, ils ont été incapables de remettre en cause ces schémas devenus mortifères, taxant de "peopolisation" la moindre innovation ". Autre paradoxe : dans leur
gestion municipale, les grands élus PS s'efforcent de capter les attentes sociales émergentes - de nouvelles formes de convivialité et de spectacle, notamment - mais, en tant que responsables du
parti, ils s'enferment le plus souvent dans un strict respect de la doxa du PS. " L'exemple de Bertrand Delanoë est intéressant, estime Jérôme Fourquet, directeur adjoint du département opinion
de l'IFOP. Maire de Paris, il symbolise une gestion assez peu idéologique et assez festive, mais, en tant que candidat à la direction du PS, il offre une autre facette, observant scrupuleusement
les rituels de préparation du congrès. "
" Nos grands rites que sont les batailles de congrès ou les effets de tribune ont leur noblesse et parfois même leur beauté, mais ils
n'"impriment" plus ", admet François Hollande. " Dresser ce constat n'impose pas pour autant de tomber dans l'excès inverse, celui du spectacle ", ajoute cependant le premier secrétaire,
convaincu que " ce qui compte, c'est le contenu ". " La forme est une expression du fond ", répond Mme Royal, qui dit n'en plus pouvoir " de ces dogmes et ces archaïsmes terriblement décalés au
regard de l'époque ".
A l'avenir, la présidente de la région Poitou-Charentes, qui assure avoir " franchi une étape ", organisera ses grands meetings sur le
modèle de celui du Zénith. Mme Royal insiste sur la nécessité d'adopter " une certaine simplicité dans l'expression, à l'image de Tony Blair ou de Barack Obama ", qu'elle est allée observer lors
de l'un de ses déplacements aux Etats-Unis. " Ceux qui sont surpris par ma façon de faire devront s'habituer ", prévient-elle.
Jean-Michel Normand / Le Monde 03/10/08
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